Le bonheur est au jardin

Le bonheur est au jardin

Je te préviens, tu vas avoir droit à un long bavardage sans photo tout d’abord : curieusement, je n’ai pas retrouvé de photos de mes jardins avant mon tout dernier, l’actuel, celui que je bichonne chaque jour en ce moment de ma vie. Il faut croire que je n’éprouvais pas le besoin d’immortaliser mes carottes et mes radis. Et puis la pellicule, ça coûtait cher, fallait pas la gaspiller.

Enfance

Souvenirs, souvenirs. La visite chez le Pépé Georges, mon arrière-grand-père, s’accompagnait inévitablement d’un tour au jardin. C’est qu’il en était fier, de son jardin, le pépé Georges !
Conteur infatigable, il me prenait sur ses genoux pour me conter « Moitié-de-Jau » à sa façon. Ou bien « le Petit Chaperon Rouge » arrangé à sa sauce. Ravissement total de l’arrière-petite-fille.
Presque chaque dimanche, nous nous retrouvions en famille, au « Moulin ». Lorsque Pépé Georges arrivait chez sa fille (ma Mémé Jane), la première chose qu’il faisait, avant de dire bonjour, c’était de donner un demi morceau de sucre à chaque chien. Et les chiens le savaient bien ! Aussitôt que la dauphine gordini descendait dans la cour, ils l’entouraient avec force aboiements et frétillements de queue.
C’est au Moulin que j’ai pris avec Solange, la sœur de ma maman, mes premières leçons de jardinage. Ce que j’adorais ? Grappiller groseilles, fraises et framboises. Croquer dans une carotte crue après l’avoir simplement essuyée sur ma jupe. Ce qui m’intriguait ? Les asperges. Ce qui m’émerveillait ? Les fleurs. Mémé Jane cultivait des fleurs à bouquets. On renouvelait les vases tous les trois ou quatre jours. Il fallait choisir les mariages, harmoniser les couleurs. Ce que je n’aimais pas du tout ? Le désherbage. Ce qui m’acidulait ? Grignoter une feuille d’oseille fraîchement cueillie. Ce qui me fascinait ? Les volées d’oiseaux qui s’abattaient sur le rebord de la fenêtre pour picorer toutes les friandises qu’on leur distribuait. Les premiers vols des oisillons quittant leur nichoir. Ce qui m’enchantait ? La vivacité des petits lézards gris, les lisettes, que je m’efforçais d’apprivoiser.
J’aimais écosser les petits pois (oh ! ces merveilleuses petites boules vertes !) mais il ne me plaisait guère d’équeuter les haricots verts.
Ah ! Les vacances au Moulin…
Souvenir-leçon, au jardin de mes parents, cette fois. J’avais dix ou onze ans, je crois.
Ma Maman : « Anne, tu peux descendre me chercher du persil, s’il te plaît ? »
Moi : « Oui Maman ! »
Je dévale la pente qui descend à la rivière, et je remonte, toute fière de moi, un beau bouquet vert à la main.
Ma Maman ouvre de grands yeux désolés : « Mais ce n’est pas du persil, ça !!! C’est de la ciguë ! C’est un poison terrible… »
À partir de ce jour, je n’ai plus jamais confondu persil et ciguë. Quelle trouille ! Si ma Maman n’avait pas prêté attention j’aurais pu empoisonner toute la tribu… !!!

Adolescence

Le jardin est devenu le cadet de mes soucis. Je consacrais tous mes loisirs aux chevaux, à la lecture, aux longues promenades, à mes animaux divers et variés. Et à rêvasser. Je détestais le lycée qui ne me laissait pas assez de temps, trouvais-je, pour toutes sortes d’activités mille fois plus passionnantes.

Jeune adulte

Aussitôt mariée, je me suis remise au jardinage, sous les conseils éclairés, cette fois, de mon beau-père. Ça lui faisait tellement plaisir de m’initier à ses petits secrets. D’ailleurs, les enfants naissaient, et il s’agissait désormais de nourrir la petite famille. Pourquoi acheter des petits pots insipides quand je pouvais offrir à mes bébés de bonnes purées de légumes fraîchement cueillis. Il paraît que je ne « travaillais » pas. Ah bon ? J’étais seulement mère au foyer. J’avais trois filles à faire manger, une trentaine de chèvres à traire matin et soir (à la main.) Je fabriquais du fromage, je soignais consciencieusement les poules, les lapins, les canards, les chiens, les chevaux… Mon mari partait au boulot tôt le matin et revenait tard le soir (parfois très très tard puisqu’il passait dire bonjour aux copains avant de rentrer à la maison)
Et ne vas surtout pas croire que mes enfants, je me contentais de les habiller et de préparer leurs repas. Je les aidais à leurs devoirs d’école (pauvres gosses !) et je leur racontais des histoires, aussi. Et je les faisais monter à cheval, et on allait se balader. Bon ça, O.K. c’est pas du boulot, c’est du loisir.
Bref, je ne travaillais pas. Et au fond c’est assez juste, si l’on tient compte de l’étymologie du verbe « travailler ». Tripaliare, en latin… Supplicier avec le trepalium (instrument de torture). D’ailleurs, en vieux français, travailler signifie toujours « faire souffrir ». Petit à petit, l’idée d’effort prend le pas sur l’idée de souffrance, mais c’est seulement dans les années 1700 que le mot « travailler » prend son sens actuel. C’est tout dire. Franchement, au sens premier, c’est vrai que je ne travaillais pas. Car j’aimais ce que je faisais et je n’en souffrais pas.

Âge mur (?)

Divorce. Grosses difficultés financières. Plus de mari pour rapporter un salaire. Mon nouveau compagnon n’a pas de travail fixe. On vivote de petits boulots. C’est là que le jardin prend toute son importance ! Car comment manger sans argent et sans jardin ? Premier hiver très difficile dans la nouvelle maison, assez isolée il faut dire. Le jardin est en friche, il faudra attendre le printemps pour les premiers semis, et l’été pour les premières récoltes. On se débrouille à peu près avec les plantes sauvages, la pêche, et… le braconnage (je peux l’avouer, à présent. Il y a prescription. Et d’ailleurs, c’est mon compagnon, qui braconnait, pas moi. Aujourd’hui, il est mort. Donc… Quand on a faim, vraiment faim, on ne tient plus compte des lois. En plein hiver, il nous est arrivé de rester deux ou trois jours sans rien dans le ventre. (Dire qu’il y a des gens qui payent pour apprendre à jeûner !) Nous avions bien quelques chèvres, mais c’était l’époque où leur lait se tarissait, en attendant leurs nouveaux cabris. Nous avions aussi des poules, mais l’hiver, les œufs se font rares. On a quand même réussi à toujours se débrouiller pour que les enfants n’en pâtissent pas trop. Je chipais du blé dans le silo de l’agriculteur voisin et je l’écrasais au moulin à café pour obtenir une farine vraiment complète. Ça donnait une espèce de pain noir, bien compact, dont heureusement ma plus jeune fille, Isabelle, âgée de deux ans, raffolait. Elle réclamait son « gâteau ». Ça avait l’avantage de bien caler le ventre. Dès que le jardin, vital, a commencé à offrir ses premiers légumes, tout est allé mieux. D’ailleurs, les chèvres avaient mis bas. On avait du lait et du fromage à volonté. Même si ce n’était pas facile tous les jours, au moins, on mangeait. Ça a été une fameuse leçon. L’importance de la pitance. Dans nos pays de nantis, on a oublié à quel point se nourrir est crucial. La base de tout le reste. Une chose nous amusait beaucoup, c’est que dans ces périodes de disette, nous mangions presque uniquement des plat de luxe ! Gibelotte de lapin de garenne, escargots, pâté de ragondin (un restaurant de la région en proposait à des prix exorbitants sous l’appellation « pâté de myocastor ») fromage de chèvre, salade de pissenlit avec son œuf poché… J’en ai concocté un livre de cuisine qui n’a pas encore à ce jour trouvé son éditeur. À vrai dire, je n’ai pas beaucoup cherché. Tant pis. Ça dormira dans un tiroir jusqu’à ce que je décide de m’y remettre.
En attendant, je continue à jardiner. Les rencontres avec d’autres jardinières et jardiniers passionnés, les échanges de trucs et astuces, font évoluer ma pratique.
Découverte de la permaculture, et des associations de plantes. J’essaie. Je navigue entre échecs et réussites.

Voyage, voyage !

L’écrivine sédentaire a rencontré un grand voyageur. L’écrivine aime son cocon, sa maison, et surtout son jardin.
Elle aime lire, aussi, bien sûr. Elle adore lire les récits des voyageurs hors norme. Ceux qui partent à pied, à cheval, en vélo, en canoë. Ceux qui traversent le Sahara à dos de dromadaire ou l’Antarctique en traîneau à chiens. Ceux qui décident de vivre quelques années avec des peuples premiers.
Mais entre dévorer ces récits bien confortablement installée au creux d’un lit douillet et décider de partir soi-même, l’abîme est immense.
En serai-je capable ? Me confronter à moi-même… Me jeter un défi…
Mais mon jardin ? Mon cher jardin ? Comment concilier l’inconciliable ? Le jardin et le voyage ?
Quelle idée trouver pour ne pas rompre complètement avec mes manies semencières ?
Prier Kokopelli !
Le supplier de m’inspirer.
Kokopelli ?
Tu ne connais pas Kokopelli ?
C’est un petit dieu bossu, magicien farceur, chez les Indiens Pueblos et Navahos. Kokopelli est un conteur, un voyageur musicien, joyeux et séducteur, porteur d’une leçon pour chacun. Il est aussi faiseur de pluie, guérisseur. Mais surtout, c’est un dieu fertilisateur. Sa bosse contient pêle-mêle des bébés, des mocassins, des couvertures, des sacs à chanson, des objets sacrés et médicinaux… mais surtout, surtout, des plantes et des graines qu’il sème tout au long de son chemin en jouant de la flûte. Kokopelli apporte la prospérité à qui écoute ses chansons. Le son de sa flûte annonce sa venue. À son départ, les récoltes seront abondantes… et les femmes enceintes !

Euréka ! Trouvé ! Merci au petit dieu Kokopelli !

(Kokopelli, c’est aussi le nom association quelque peu rebelle, qui se bat contre l’uniformisation des semences et pour la sauvegarde de variétés anciennes. Et qui promeut activement l’agriculture de subsistance pratiquée avec des techniques respectueuses de l’environnement. Et qui tente de sauvegarder les savoir-faire ancestraux. Kokopelli distribue gratuitement des graines aux paysans d’Afrique, d’Asie et d’Amérique du Sud, dupés par les faramineuses promesses des Monsanto et compagnie. Kokopelli fait pousser des jardins dans le désert ! Une goutte d’eau dans l’océan ? Mais si jolie, la petite goutte ! Irisée de mille couleurs… 

Depuis des années, je récolte et je resème mes propres graines. Et puis j’ai des tas de copines jardinières et de copains jardiniers. La joyeuse équipe pratique activement des échanges de graines et de plants… Elle organise en outre des distributions gratuites de ses surplus de graines et de plants.

Alors voici l’idée que m’a soufflée le petit Dieu Kokopelli : si nous emmenions avec nous des sachets de graines ? Les nôtres, et celles de nos acolytes. Chaque fois qu’en cours de route nous serons accueillis par des jardiniers, nous leur proposerons d’en choisir quelques sachets, et de nous offrir en échange quelques-unes de leurs propres graines. Partageons les semences ! Répandons-les ! Luttons contre les potentats qui prétendent s’accaparer la propriété du vivant ! Soyons les lutins rebelles, qui se faufilent partout pour propager leurs semences vagabondes.

La retraite

Active et jardinière, la retraite ! Des projets plein la tête !

Les buttes

Ici, dans notre petit coin de paradis occitan la matière première plus qu’abondante, c’est la pierre. Les buttes de cultures seront donc entourées de pierre. Car la jardinière-écrivine ne peut pas se contenter d’un jardin rationnel, où les légumes sont alignés comme des petits soldats au garde-à-vous. Elle veut de la beauté, de la vie, du foisonnant, du varié. Pas seulement des grands rectangles, bien pratiques mais tout à fait rasoirs.
Il y aura donc :

le mandala

qui d’ailleurs nous servira pour offrir un petit clin d’œil aux gilets jaunes en pleine effervescence lorsqu’on enverra nos vœux à la familles et aux amis pour l’année 2019 qui s’annonçait.

le fer à cheval

le trou de serrure

les ovales

Et puis, en dehors du jardin proprement dit, quelques agrandissements, dont un jardinet surélevé, ovale lui aussi, délimité par un muret de pierres sèches. C’est son premier ouvrage en pierres sèches, à l’écrivine. Il est loin d’être parfait, mais elle en est assez fière quand même.

Enfin, une espèce de spirale allongée pour les pommes de terre sous foin.

Toutes ces buttes de formes diverses se révèlent bien plus productives que le jardin « classique » dont la terre n’a pas été suffisamment nourrie. Comme l’écrivine n’a pas d’esclave à sa disposition, qu’elle ne dispose pas de dix bras et que les journées ne comptent que vingt-quatre heures, dont huit de sommeil, trois d’écriture, deux ou trois de constructions diverses et variées (voir le poulailler, par exemple) quatre ou cinq de yoga, musique, couture, cuisine, baignade en rivière, soins aux animaux, lecture, méditation et autres bricoles amusantes, il ne lui reste plus que 5 à 7 heures pour le jardinage. Quand on retire le temps passé aux semis, plantations, arrosage, désherbage, etc. il ne reste plus énormément de temps pour la construction des buttes. Ça, c’est de l’ouvrage pour l’hiver, quand le jardin se trouve au repos. Alors, ça se fait petit à petit, chaque année deux ou trois nouvelles buttes.

En voici le principe, qui vaut pour n’importe quelle forme.

D’abord creuser une tranchée. La délimiter par un joli coffrage. J’utilise des pierres, parce que c’est le matériau que l’on trouve ici en grande abondance. Mais on peut aussi bien utiliser des planches (moins durable) de la tôle (moins esthétique) un tressage de branches de châtaignier, de saule, de frêne, de noisetier (quel labeur !) ou même du plastique (pas du tout écolo !) Conserver la terre retirée. Remplir la tranchée jusqu’au ras du sol avec du bois en partie décomposé, bien spongieux.

Ensuite, sa balader en forêt avec la brouette pour ramener du petit bois qui bouchera les trous le plus possible, en tassant bien. Arroser très abondamment. Le bois gorgé d’eau restituera petit à petit l’humidité aux plantes.

Puis finir de colmater les interstices avec de la sciure.

Après quoi, allons-y pour le montage de la « lasagne » : une couche de crottin, une couche de verdure, une couche de sec, et ainsi de suite jusqu’à ce qu’on arrive presque en haut des pierres.

C’est à ce moment-là qu’il faut remettre par-dessus tout ça la terre qu’on avait retirée en creusant la tranchée. Et compléter avec une bonne couche de compost.

Pour finir, je couvre le tout avec du bois raméal fragmenté.

Après avoir laissé passer le coup de chaleur (oui, oui, ça chauffe fort, on peut à peine y plonger la main !) on plante.

Et ça pousse, et ça pousse ! Même les gourmandes aubergines raffolent de ce terrain très nourrissant.

Le compost

Le compost, c’est la poésie au jardin. Quoi ? Oui, oui, je t’assure ! Et même… une certaine approche de la spiritualité. Car le compost, c’est la nourriture de la terre, le mélange magique des quatre éléments : terre (évidemment) air (pour que vivent les milliards de bestioles aérobies qui œuvrent à cette étrange alchimie ) feu (un bon compost doit chauffer fort pour amorcer sa métamorphose) eau (indispensable)
Le principe est presque le même que celui des buttes, d’ailleurs : on le monte couche à couche. Du sec, du vert, du crottin, un soupçon de cendre, un p’tit coup d’arrosage, du sec, du vert, du crottin, un soupçon de cendre, un p’tit coup d’arrosage, du sec, du vert, du crottin, un soupçon de cendre, un p’tit coup d’arrosage etc… jusqu’à arriver en haut du bac. On finit par une bonne couche de paille ou de foin pour protéger le tout. 

P.S.  Dans le vert, il est bon de prévoir de l’ortie, excellente activatrice, et de la consoude pourvoyeuse de potasse.

ortie
consoude

Les cultures nourrissières

Bien entendu, l’intention première dans le jardin, c’est de pourvoir la famille en nourriture saine et goûteuse. Essaie de comparer une tomate sur laquelle le soleil a fait la roue, cueillie et croquée aussitôt avec une tomate récoltée pas mûre, bombardée de conservateurs, ayant parcouru des centaines de kilomètres, puis traîné plusieurs jours dans les présentoirs d’un supermarché. Tu verras bien laquelle est la meilleure. Sans compter l’énergie grise économisée.

J’ai passé en tout et pour tout seulement un peu plus de trois ans de ma vie comme salariée, pour la raison que les banques exigeaient que j’accomplisse « un vrai travail » si je voulais me voir octroyer un prêt pour acheter ma maison. Bien, bien, j’ai obéi, parce que j’y tenais vraiment, à avoir ma maison à moi. De plus, le remboursement de l’emprunt ne me revenait pas plus cher qu’un loyer. Dès que j’ai pu lâcher cette horreur de vie réglée comme du papier à musique :  « embauche, débauche, dodo, vacances », je suis retournée avec bonheur à mes animaux et à mon jardin. Pourquoi s’obliger à un travail rasoir (et mal payé de surcroît) juste pour acheter sa pitance (pas bonne parce qu’on n’a pas le temps alors on achète du « tout préparé »), alors que cultiver soi-même les plantes nourricières procure un tel bonheur ? Et en prime, on a le temps de mijoter de savoureux petits plats.

Évidemment, après une vie passée à cultiver des animaux et à élever des plantes, je touche une retraite microscopique.

Ouais, j’ai une vieille bagnole déglinguée, pas de téléphone portable, pas de télévision, un ordinateur âgé de huit ans. Et alors ? J’ai un toit sur la tête et je mange à ma faim. Qui plus est, je passe mon temps à faire ce qui me plaît. Que demander de plus ?

Revenons à nos moutons… Euh ! À nos végétaux, veux-je dire.

Bien entendu, mon jardin regorge des grands classiques : tomates diverses et variées, haricots, poireaux, choux de toutes espèces, radis, carottes, topinambours, melons, salades, etc…

 

Mais j’ai quand même un petit faible pour les plantes plus rares, un peu trop méconnues. Et j’éprouve, je l’avoue, un grand plaisir à les faire découvrir aux visiteurs quelque peu surpris.

Le daikon, que j’ai découvert grâce au japonais Masanobu Fukuoka. Celui-ci s’est fort étonné, lors d’un voyage en Europe, de ne pas rencontrer de daikon dans les jardins alors qu’au japon il s’agit d’un légume très prisé. Comment peut-on se passer de daikon ? s’interrogeait-il. Ce qui a bien entendu titillé ma curiosité. Et tiens, de la graine de daikon, Kokopelli en proposait, justement. Inutile de te dire que j’ai essayer, et que l’essayer, c’est définitivement l’adopter. C’est une sorte de radis, ou de navet si tu préfères, dont la racine peut atteindre soixante centimètres de long. Il peut rester en terre tout l’hiver, on l’arrache au fur et à mesure des besoins. Et c’est un délice.

Voici mes deux courges favorites : la sucrine du Berry (ce n’est pas seulement parce que je suis Berrichonne, c’est aussi parce qu’elle est vraiment très goûteuse et s’adapte à quantité de recettes) et le joli patidou, à la saveur aussi douce que son nom l’indique.

Le kiwano est un concombre assez plaisant par son aspect original. Mais surtout, il continue à produire imperturbablement des fruits jusqu’aux premières gelées, alors même que ses cousins les autres concombres se trouvent décimés par l’oïdium. Le kiwano résiste vaillamment. Avouons tout de même son inconvénient : il est assez casse-pied à éplucher. Aïe ! Ça pique !

En ce qui concerne les pastèques, après des essais de variétés diverses et variées, je me contente de la très jolie « lune- étoiles ». Rien que le nom incite au rêve. Elle est verte, toute piquetée de petites « étoiles » jaunes et d’une ou deux « lunes ». Pas trop grosse, excellente saveur, et parfaitement adaptée au climat de notre jardin. Elle regorge de pépins… qui régalent nos poules.

La plante-fromage est une curiosité comestible… au goût de fromage. Bon, avouons qu’il est quand même difficile de la confondre avec un vrai camembert ! Mais enfin, en la mâchant bien, il est indéniable que le goût est assez ressemblant. Ce végétal original, d’origine asiatique, est utilisé couramment dans la cuisine vietnamienne, sous le nom de « mo lông ». En tout cas, les feuilles mélangées à la salade donnent une saveur tout à fait originale et agréable. On peut aussi l’ajouter aux soupes.

L’Amérique Latine me passionne depuis mon adolescence. Tu dois t’en douter un peu puisque le sujet de l’un de mes romans Illapa, fils du Tonnerre concerne les Incas. Il n’est donc pas étonnant que quelques unes de mes plantes préférées soient originaires de ces régions (sans compter les pommes de terre, les tomates, le maïs, et j’en passe…)

À propos de maïs, je suis depuis de nombreuses années une inconditionnelle de la milpa, technique  traditionnelle du culture en Amérique Centrale et Amérique du Sud. Il s’agit de ce que les Amérindiens nomment “les trois sœurs”. On cultive ensemble le maïs, le haricot grimpant et une courge. Tout ce petit monde vit en parfaite harmonie. Le maïs sert de tuteur au haricot. Le haricot capte l’azote de l’air et la restitue au sol, ce qui nourrit à la fois le maïs et la courge. Quand à la courge, elle joue le rôle de couvre-sol pour maintenir une certaine fraîcheur et limiter les envahisseuses. Je cultive ainsi trois variétés de maïs. L’arc-en-ciel Inca (grains multicolores), et deux variétés dont j’ai récupéré les graines lors de ces fameux échanges que nous avions pratiqués au cours de notre voyage : un très beau maïs à polenta (grains dorés et pointus) trouvé dans le Piémont en Italie et un maïs rouge résistant à la sécheresse qui nous a été offert en Roumanie… par un couple de maraîchers Belges. Le haricot est un mangetout à cosses violette, qui ne devient jamais filandreux. Et la courge est un potimarron.

Le pepino  se nomme poire-melon en bon français et plus savamment morelle de Wallis. En langue quechua, on l’appelle q’achan. En espagnol, le mot pepino reste assez vague, car des tas de plantes portent ce nom – dont le vulgaire concombre. La poire-melon est une plante très esthétique. Mon cher et tendre estime sa petite saveur rafraîchissante « intéressante ».

Le coqueret du Pérou est un physallis qui offre de jolis petits fruits acidulés, de couleur orange, à croquer tels quels ou à transformer en confiture.

La caigua est une cucurbitacée originaire des Andes qui grimpe partout et très rapidement. Elle a vite fait de cacher un grillage ou d’envahir une haie. Elle fournit une grande abondance de petits « concombres » que l’on peut préparer comme des cornichons. Sinon, on les mange crus ou cuits et les feuilles peuvent se consommer aussi. Le nom savant de la caigua, c’est « cyclanthère » On la trouve aussi sous l’appellation « concombre des Andes », ou encore « achocha ». « Caigua » vient du quechua « qaywa », et « achocha » est également issu du quechua : « achuqcha ». Car la langue quechua n’est pas tout à fait uniforme, figure-toi. Il existe des dialectes variés. Oh ! Je suis très très loin de parler couramment le quechua, cependant je me suis fort intéressée à cette langue lorsque j’étais plongée dans l’écriture de mon « fils du Tonnerre ».

Et puis l’oca. Péruvienne, elle aussi, cultivée pour ses petits tubercules de saveur originale.

Mais mon grand chouchou reste sans conteste le yacón. Encore un Andin. Il s’agit sans conteste de ma plante fétiche. Dénommé en français « poire de terre », c’est un végétal magnifique – il prend de la place, mais ici, ce n’est pas ce qui manque ! – Les tubercules se consomment crus ou cuits, et on peut même en confectionner de savoureux desserts. Récoltés en Novembre, ils se conservent sans problème jusqu’en Avril. Avantage pour les végétariens, ils sont riches en protéines.

Les fleurs

Harmonie des couleurs, parfums, bonheur des abeilles et autres bestioles pollinisatrices, les fleurs sont disséminées partout dans le jardin, unies aux légumes pour le plaisir des yeux et des narines. Et pour le plus grand bonheur des p’tits oiseaux qui se régaleront des graines après la floraison. Cerise sur le gâteau, en choisissant avec soin les mariages, les fleurs protègent les plantes alimentaires. La diversité nuit aux nuisibles… si tant est qu’il existe des nuisibles. Disons que la diversité modère la prolifération outrancière de certains petits voraces.

Le bonheur est au jardin

2 commentaires sur “Le bonheur est au jardin

  1. Bonjour
    4h30.plus envie de dormir .par hasard je découvre votre lien .un pur régal.magnifique!
    Je ne crois pas me rendormir mais ma journée commence bien votre récit est formidable

    1. Oh ! Merci beaucoup pour ce petit commentaire très sympathique. C’est toujours un plaisir si on peut apporter un petit peu de bonheur… et même occuper les insomnies !!!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Retour en haut